Fidèle à la visée originale qui a présidé à la naissance de GK, le Dr Zafrullah cherche encore et toujours à procurer des soins de qualité adaptés aux plus pauvres là où ils se trouvent : dans les villages, dans les bidonvilles, dans les zones désertées par les pouvoirs publics ou les autres ONG. Par divers moyens mis en oeuvre GK continue à inventer et à mettre en place des structures de soins qui tracent la voie, mettent en évidence la place primordiale de la santé dans des processus de développement intégré.

paramédic visitant une patiente

Paramédic, femme

Les Paramédics

Depuis maintenant cinquante années, GK assure les soins de santé primaire au plus près des villageois par l’intermédiaire de jeunes «paramédics». Au fil des ans, leur domaine de compétence a été élargi et actualisé jusqu’à tout récemment : l’éducation et la surveillance en rapport avec la pandémie de Covid-19.

Mise en place dès 1971

Dès 1971, s’étant inspiré du concept des « médecins aux pieds nus » instauré en Chine par Mao, le Dr Zafrullah Chowdhury décide d’aller travailler au cœur même des villages. Des jeunes paramédics femmes sillonnent la campagne deux par deux à pied ou, ce qui est une véritable révolution, en vélo. Leur mission consiste à apporter des notions d’hygiène, des soins de santé élémentaires et des conseils en planification familiale dans un pays où une guerre éprouvante a complètement désorganisé le système de soins. Elles réalisent aussi une enquête pour déterminer le niveau social des familles.

Formation

Les candidats doivent avoir le niveau minimum classe de seconde. Ils reçoivent une formation pendant trois ans incluant six mois de stage. Une classe est composée d’environ 70 % de jeunes filles.

L’enseignement porte sur les éléments de base de la Protection Maternelle et Infantile : le suivi de grossesses et la prévention des pathologies, l’accouchement normal et son déroulement à domicile avec les sages-femmes traditionnelles, la détection des signes d’un accouchement pathologique et l’importance de se rendre à l’hôpital, le suivi du bébé et du développement de l’enfant. La contraception et le travail en lien avec les services gouvernementaux du Planning Familial. Des notions de secourisme avec l’apprentissage des premiers soins d’urgence. Cette formation est complétée par des notions de droit et défense des femmes contre les violences domestiques. Récemment le suivi des personnes âgées est venu compléter le cursus.

Travailleur de santé de base, agent communautaire, travailleur social telles sont les compétences mises en œuvre par les paramédics au sein des villages.

Travail de terrain

Les paramédics rayonnent vers les villages à partir des dispensaires de campagne de GK. Elles forment un maillon essentiel entre le village et le dispensaire ou l’hôpital.

Les centres de santé ou dispensaires offrent la possibilité de soins plus éléborés. Ouverts 24/24, ils sont tenus par une paramédic senior et bénéficient parfois de la présence d’un médecin.

En milieu urbain et suburbain, les habitants et les travailleurs sont reçus à bord d’une « clinique mobile ». Il s’agit d’un fourgon équipé d’une table d’examen, de petit matériel et d’une pharmacie. Les fourgons tournent 6 jours sur 7 dans une dizaine de lieux différents soit une visite tous les 15 jours au même endroit. Un ou deux médecins sont présents ainsi que des paramédics junior et senior. Le travail se fait en lien avec un centre de santé référent. Les patients peuvent bénéficier d’une assurance GK dont le prix est fixé en fonction de leurs revenus.

Paramédic et promotion interne

GK est reconnu comme organisme formateur pour les paramédics. Un certain nombre de jeunes, diplôme en poche partent travailler hors GK. Le Dr Zafrullah est fier de contribuer ainsi à la formation professionnelle des jeunes et à leur promotion par un travail utile pour le pays.

Les paramédics qui font le choix de rester et de travailler au sein de GK ont de nombreuses possibilités d’évolution professionnelle.

Les paramédics devenues senior se voient confier différentes tâches: gestion d’un centre de santé, enseignement (paramédics, sages-femmes traditionnelles), gestion de différentes structures ou pôles d’activité GK à Savar par exemple. A Cox’s Bazar, une équipe d’une douzaine de personnes gère pour GK 15 centres de santé dans les camps de réfugiés Rohingyas. Sept d’entre elles ont débuté comme paramédics et sont maintenant responsables de programmes complexes.

Un pôle de Formation en Santé Communautaire implanté à Savar gère formations et spécialisations. Il est dirigé par le Dr Rezaul Haque et la Dr Mahjebin qui coordonne l’ensemble des formations internes et des spécialisations avec partenariat externe.

Quelques exemples de parteneriat externe : spécialisation en prévention, dépistage et suivi pour IST et VIH, spécialisation en dialyse rénale (Kidney Foundation, Institut gouvernemental du Rein), anesthésie, instrumentation de salle d’opération et stérilisation, pharmacie, technique d’analyses de laboratoire, sang, urine et autres, formations en radiologie certifiées par le gouvernement.

Les paramédics peuvent également acquérir d’autres compétences en interne : en informatique au sein du VTTI (pôle de formation professionnelle), en comptabilité et statistiques, en gestion de programmes, en école de conduite (VTTI), en agriculture, en hygiène collective et sécurité sanitaire.

Il faut rappeler aussi la possibilité de postuler à l’Université de GK pour des diplômes de pharmacie, médecine, microbiologie, kinésithérapie ou autre domaine.

D’après la Pr Leila Parvin Banu, vice chancelière de l’Université : « être paramédic représente pour les personnes d’origine très modeste, le seul moyen pour accéder à l’université »
Après leur formation, une partie des élèves trouve un emploi à l’extérieur de GK.

Être paramédic chez GK, c'est se mobiliser

Être mobile pour aller à la rencontre des personnes précaires ou isolées au coeur des villages et des bidonvilles.

Être mobilisable pour les urgences qui frappent régulièrement le Bangladesh : catastrophes naturelles (inondations, cyclones), industrielles (Rana Plaza) ou humaines comme avec l’accueil, en premier à leur arrivée fin août 2017, des malheureux réfugiés Rohingyas bien avant la mise en route de l’aide internationale !

Être motivé par l’acquisition de nouvelles compétences au sein de leur parcours chez GK. 

 

soins, maternité

Les soins liés à la maternité

Au Bangladesh plus de 80% des accouchements ont lieu à domicile, c’est pourquoi GK depuis l’origine a choisi de former et d’accompagner les femmes qui président aux naissances en milieu rural. Ces sages-femmes traditionnelles (TBA ou Traditional Birth Attendants), en général illettrées, ont quelques connaissances informelles acquises auprès de leurs ainées et par la pratique.
Bien que pratiquant des centaines d’accouchements, elles ont un statut un peu à part car tout ce qui entoure l’accouchement est considéré comme impur.

Formation des sages-femmes traditionnelles

GK, à travers des cours de niveaux progressifs, leur donne un nombre important de clés relatives à l’hygiène, aux bons gestes, au dépistage de pathologies puis les met en lien direct (téléphone portable) avec les « paramédics » des centres de santé ( 24h/24 et 7j/7).
Les enseignantes sont des paramédics senior rompues à toutes les techniques classiques d’enseignement (mannequins pour la pratique …) et d’animation de groupe (écoute active, jeux de rôle…). Lors de la formation initiale elles apprennent les éléments de base pour le suivi de la grossesse et les signes à surveiller, la conduite d’un accouchement, le dépistage de complications et la conduite à tenir. Une attention particulière est apportée à l’hygiène des mains (lavage au savon et ongles coupés), l’allaitement, la prise du pouls et de la température et l’utilisation de cinq médicaments (vitamines, fer, paracetamol).
Elles apprennent des rudiments de soins au nouveau né (traitement de l’apnée), les conseils pour l’allaitement et la mise au sein précoce.
D’autres thèmes sont abordés comme la puberté, l’âge du mariage, les grossesses précoces, la contraception, la détermination du sexe de l’enfant (pour déculpabiliser la parturiente de la responsabilité du sexe de l’enfant), les droits des femmes et les relais possibles. Un kit d’accouchement leur est offert une fois leur formation validée.

Les cours de perfectionnement sont plus élaborés avec l’appréciation des différents stades de la dilatation, les bons gestes pour la venue du bébé, mais surtout une présentation sur les maladies visibles et invisibles du nouveau né ou du bébé afin d’inviter les accoucheuses à conseiller les mamans et vaincre leur peur en les accompagnant lors de consultations médicales. Il s’agit de casser le mythe de la fatalité quand beaucoup de pathologies sont curables médicalement ou chirurgicalement.
Il est intéressant de constater, quand on a la chance d’assister à un cours, à quel point ces femmes bien qu’illettrées ont une perspicacité, une intelligence des situations et possèdent un réel sens clinique. Les schémas, les mannequins et autres démonstrations ont un écho total chez elles qui ont déjà pratiqué des dizaines d’accouchements dans les maisons.
On sent bien que chaque situation leur parle et elles sont d’une concentration impressionnante pendant les cours et démonstrations. Avides d’apprendre et très dynamiques, une fois formées ce ne sont plus les mêmes femmes ! Merci à elles au nom des jeunes mamans en milieu rural ! Merci à GK pour la promotion sociale et personnelle de ces femmes !

Au fil des années, ces formations se sont avérées très efficaces : le taux de mortalité infantile dans les familles suivies par GK est de 20 pour 1 000 naissances, contre 37 au Bangladesh et le taux de mortalité maternelle est de 0,9 pour 1000, contre 1,7 au Bangladesh.

camp médical dans les locaux d'une école

Les camps médicaux spécialisés

Partant du constat qu’une grande partie de la population rurale n’a pas accès aux structures de santé existantes trop éloignées et trop chères, GK a décidé d’apporter aux villageois un service de proximité en leur prodiguant, à un prix très  économique, des soins d’une qualité équivalente à celle des hôpitaux.

Pratiquement :

Les camps médicaux sont régulièrement organisés dans les zones rurales isolées et, outre les pathologies courantes, sont spécialisés dans certains domaines : maladies des yeux ou de la peau, soins des enfants, problèmes gynécologiques, MST, etc… Axés sur les groupes vulnérables, ils visent prioritairement les enfants, les femmes et les personnes âgées. Organisés en étroite relation avec les autorités locales, les structures scolaires et sociales, ils se tiennent dans des locaux scolaires ou autres bâtiments appartenant à la communauté et même à des particuliers. Ils mobilisent toutes les énergies locales: enseignants, auxiliaires de santé, jeunes volontaires fonctionnaires etc… Chaque camp est précédé d’une campagne de publicité réalisée à travers affichages, journaux et par les équipes sur place (paramédics et TBA). L’équipe mobilisée est composée de 30 à 50 personnes durant une à deux semaines : médecins généralistes, spécialistes, chirurgiens, paramédics, kinésithérapeutes, personnels de santé, étudiants en médecine provenant pour une large part du Collège Médical des Hôpitaux de Savar et Dakha accompagnés des équipements essentiels et des médicaments de base.

L’activité de ces camps médicaux se poursuit durant plusieurs jours à un rythme soutenu à la lumière du jour puis à l’aide des groupes électrogènes apportés pour prendre la relève jusqu’au coeur de la nuit.

Les patients qui se sont préalablement inscrits se comptent par centaines et sont traités sur place dès que le diagnostic est posé. En une journée de consultation, on peut enregistrer plus de 300 patients. les tarifs pratiqués par GK sont beaucoup moins chers qu’en dehors de GK.

Les objectifs principaux poursuivis sont :

– identifier et traiter les grands problèmes de santé publique des populations de la région visée,
– faire diffuser les connaissances en matière d’hygiène et de santé,
– rendre attentifs les gens sur leur état général de santé,
– rebâtir le lien social dans les communautés,
– offrir les services spécialisés de soins de santé incluant les actes de chirurgie.
C’est aussi l’occasion de donner aux étudiants de la faculté de médecine de GK la possibilité d’effectuer leur stage de soins (obligatoire dans le cursus) en totale immersion dans le milieu des très pauvres communautés villageoises.

A titre d’exemple, voici quelques camps médicaux ayant fonctionné en 2017 sous la direction du Dr Rezaul Hauque :
– Charfassion (zone côtière sud), tous les mois pendant sept jours avec, en moyenne, 12 consultants, 12 « medical officers », 15 paramedics, un dentiste, un physiothérapeute, un pathologiste.
– Biswanath (région très pauvre près de Sylhet), tous les deux mois pendant deux jours avec trois consultants, trois « medical officers », sept paramédics, un dentiste, un microbiologiste.
– Kasinathpur (ouest de Savar), toutes les semaines.
– Gaibanda (dans le nord) , tous les trimestres.
– Parbatipur (est de Dinajpur dans le nord-ouest), tous les trimestres.

Pour prendre la mesure de cet investissement, soulignons que ces camps médicaux développent un service supplémentaire de qualité en sus de l’offre permanente de soins des hôpitaux, centres primaires de santé et « door to door » au service des populations prises en charge (1 500 000 personnes).

Téléconsultation pour les patients des régions isolées avec le concours d'un paramédic et d'un médecin à distance

Téléconsultation dans un centre de santé dans les Chars en 2021

La télémédecine

GK est toujours à la recherche de moyens d’accès à la santé en milieu rural pour les plus pauvres. C’est pourquoi l’ONG s’est lancée dans la télémédecine en vue d’offrir les mêmes qualités de services que dans les villes. L’idée germait depuis un moment et sa mise en œuvre a été précipitée par les bouleversements dus à la pandémie de Covid 19.

Les régions de Gaibandha, Kurigram et Dinajpur, au nord du Bangladesh ont été choisies pour ce programme. Les habitants des îles (chars) de la Jamuna vivent dans une très grande précarité, chaque mousson emportant son lot de terres et d’habitations. Ils sont éloignés de toutes les facilités et, en période de mousson, la navigation peut être quasi impossible voire très dangereuse. GK y est présent à travers des programmes de micro-crédit, de soutien à des écoles et des Centres de Santé ouverts 24/24 heures et 7/7 jours. Des paramédics y assurent les soins de santé primaire et traitements courants. Il n’y a pas de médecin permanent sur place.

Actuellement, les habitants bénéficient de camps médicaux périodiques. Des équipes médicales se déplacent depuis Savar et Dhaka, au prix de journées de transport alliant fatigue, coût et limitation dans le temps sur place. En dehors de ces visites, les habitants doivent se rendre dans les grandes villes (hôpital de Gaibandha par exemple). Ceci représente pour eux une dépense, une fatigue liée à de longs déplacements, un inconfort pour les malades. Ajoutons les risques inhérents à tout déplacement au Bangladesh.

Grâce à la télémédecine et depuis les Centres de Santé établis dans les îles ou les villages, les patients sont mis en relation à grande distance avec des médecins et des spécialistes diplômés, basés dans les hôpitaux de GK à Savar et Dhaka.

Les téléconsultations utilisent des connexions internet avec téléphones cellulaires ou ordinateurs comme support.

Dans un premier temps, le ou la paramédic recueille les informations de base concernant le patient. Ces renseignements sont enregistrés, envoyés au spécialiste qui les étudie et rendez-vous est pris. Le médecin en ligne peut questionner en direct, examiner à distance par la main du paramédic (auscultation par stéthoscope numérique). Il peut aussi demander des examens complémentaires et rédiger une ordonnance transmise et imprimée au Centre de Santé. Les données du patient sont sauvegardées sur l’ordinateur et restent confidentielles. Les paramédics expliquent les règles à suivre et font le suivi. Ils assurent en outre une éducation à la santé et à la prévention.

Le service fonctionne 16 heures par jour et 7/7 jours.

Un coordinateur médical doit visiter régulièrement les centres de santé et faire le lien avec les spécialistes.

Un temps de formation des personnels œuvrant tant à Savar et Dhaka que localement est nécessaire : les paramédics, les techniciens et les médecins suivent un enseignement portant sur l’utilisation des logiciels et sur la prise en main du matériel médical requis pour la téléconsultation. Après un examen final diplômant, ils doivent recevoir une autorisation du Directeur de la Santé de l’Upazila (sous-division administrative) ou du Civil Surgeon (niveau district) pour certifier leur qualification pour ce type de service.

La consultation à distance a été particulièrement importante pendant la crise du Covid 19 en raison de l’impossibilité des déplacements longs.  Des affiches apposées par GK dans les villages ont invité les habitants à contacter ces Centres en cas de symptômes. Il a fallu d’abord rompre la méfiance des habitants ruraux isolés, les faire adhérer au projet.  Il reste encore des superstitions, mais ceux qui ont bénéficié de ces services sont contents.

Centres d'Appels GK pendant la pandémie de Covid 19

En 2021, le nombre de téléconsultations a été de 16 374.

Le Comité français de soutien à GK a pu apporter un soutien financier à ce programme en 2021. Il aimerait pouvoir continuer pour 2022 afin d’assurer la pérennité de cette action.

La recherche de l’égalité entre populations urbaines favorisées et celles très pauvres des campagnes, reste une priorité fondamentale pour GK, tout particulièrement dans l’accès aux soins.

hôpital, Gk Savar

Les Centres de santé de GK

Les centres de santé primaire

Actuellement, GK fournit des soins de santé primaire à 1.180.000 personnes dans 615 villages et dans 15 districts répartis à travers le pays. Le système de santé est organisé en 43 centres (« static centers ») disposant de 3 à 10 lits pour le traitement des maladies communes et  3 hôpitaux (Referral Hospital) disposant de moyens d’opérations.
En 2016, le nombre de médecins  GK était de 67 et celui des internes de 84. Dans tous les centres de GK interviennent aussi les « paramédics ». Elles/ils sont environ 330 en activité (sans compter les paramédics en formation) et 70% sont des femmes.
Il est à noter que la formation des paramédics par GK est connue dans tout le Bangladesh, et que nombre d’entre elles sont embauchées par d’autres ONG. GK a formé près de 2000 paramédics depuis l’origine.

Les hôpitaux

GK a créé 3 hôpitaux, à Dhaka, Savar et Sreepur qui disposent tous d’un service d’urgences ouvert 24h/24 et 7j/7. Les soins couvrent diverses spécialités médicales et chirurgicales. Ils sont payants mais à des tarifs dégressifs en fonction des revenus, et on y accepte les patients sans ressources.
Les hôpitaux de Dhaka et de Savar ont chacun 275 lits et servent de CHU pour les étudiants de la faculté de Médecine de GK à Savar. L’Hôpital de Sreepur a 50 lits. Il se situe dans une localité assez isolée dans la campagne, dans le district de Gazipur. C’est aussi un lieu de formation des paramédics.

Mai 2017 : création du Gonoshasthaya Dialysis Center (GDC) à l’hôpital de Dhaka.
Le Bangladesh compte environ 18 millions de malades en insuffisance rénale chronique et 40 000 meurent chaque année. Seulement 10% d’entre eux peuvent payer les soins qui leur seraient nécessaires et 75% des personnes qui commencent un traitement par dialyse sont obligées d’abandonner après trois mois faute de moyens financiers. C’est donc pour répondre à des besoins importants que GK a mis tout en œuvre pour créer cette unité à l’intérieur de son hôpital de Dhaka.
Le nouveau centre de 100 postes de dialyse sur deux étages, équipé avec les standards internationaux est le plus grand au Bangladesh. Il est étudié pour être aussi confortable que possible pour les malades comme pour les familles qui les accompagnent durant les séances de traitement d’une durée de cinq heures chacune.
Le GDC a une capacité de 300 séances de dialyse par jour. Ouvert 24h/24 et 7j/7, il est géré par une équipe pluridisciplinaire, spécialisée, avec des paramédics recrutées et formées par GK. Suivant toujours sa politique d’aide aux plus pauvres, GK applique des tarifs inférieurs à ceux des autres centres au Bangladesh et adaptés aux revenus des patients. Les très pauvres (5%) reçoivent les soins gratuitement, les pauvres (60%) paient 1100 tk (12€) par session, les classes moyennes (30%) paient 1500 tk (17€) et les riches (5%) paient 3000 tk (33€).
En 18 mois de fonctionnement, 115 000 séances de traitement ont été réalisées.

Lire plus dans le rapport de novembre 2019

Par ailleurs un important et très novateur département de physiothérapie a été ouvert dans les hôpitaux de Dhaka et de Savar. Les médecins physiothérapeutes interviennent dans les différents services.
Un laboratoire de micro-biologie et un laboratoire d’hématologie sont aussi présents dans ces 2 hôpitaux.

paramédic et "paires"

3 femmes en formation

La prévention du SIDA

Sensibilisation et prévention VIH/IST dans les villages de prostituées de Daulotdia et Faridpur.

Lancement du projet à Daulotdia

Les prostituées, leurs enfants, leurs souteneurs (euses) vivent dans une grande promiscuité au sein de ce bidonville aux ruelles étroites et la prostitution se pratique à la vue de tous, de jour comme de nuit. Les jeunes filles souvent mineures et femmes qui y travaillent peuvent recevoir de 30 à 40 clients par jour.
Pour tenir le coup elles ont recours à des substances dangereuses telles qu’alcool et drogues (Péthidine* y compris sous forme injectable). De plus pour avoir des formes attirantes, elles consomment sans aucun contrôle des comprimés à base de cortisone. On trouve ces substances très facilement dans les nombreuses pharmacies qui longent la voie ferrée du terminal et la cortisone est délivrée sans ordonnance. Pour la contraception, elles utilisent des injections trimestrielles de Deprovera* ou des patches, pilules et même stérilets.
Pour celles qui entrent dans le bordel, il sera quasiment impossible d’en sortir et de trouver ailleurs du travail. Leurs enfants ne connaissent pas leur père et on compte un certain nombre d’orphelins en raison du suicide de leur mère.

En 1998 l’association Save the Children International, crée une petite école en bordure du bidonville pour y accueillir des enfants. Les enseignantes sont d’anciennes prostituées. Elles appartiennent à une ONG  Mukti Mohila Samity, première association de prostituées enregistrée au Bangladesh en 1999 ! GK y assure alors les soins de santé.

En 2005 un dispensaire est construit par GK. Géré par une paramédic senior, il reçoit la visite deux fois par mois de médecins, pédiatres, gynécologues de Savar. Les enfants de prostituées inscrits à l’école sont régulièrement examinés par le pédiatre. Les paramédics du centre sont alors en relation avec les prostituées par l’intermédiaire des accoucheuses traditionnelles locales.

Fin 2017, une nouveau souffle est possible grâce au lancement d’un programme ambitieux de prévention, dépistage et traitement du VIH et des IST bénéficiant d’un financement institutionnel (Ville de Paris).

 

Une organisation exemplaire

L’équipe dédiée comprend entre autres un directeur de programme, des paramédics, des conseillers(ères), des travailleurs de terrain, des formateurs de formateurs, des techniciens de laboratoire, d’anciennes prostituées appelées « paires » formées par des éducatrices et encadrées par une directrice adjointe. Trois jeunes médecins complètent l’équipe. Particulièrement motivés et très intéressés par ce travail ils sont en poste pour 6mois/un an.
C’est une femme médecin gynécologue et échographe, responsable du pôle de Formation en Santé Communautaire basé à Savar qui pendant six mois a organisé et mis en place les apprentissages requis pour donner à chacun, selon son poste, la maîtrise parfaite du sujet délicat des VIH /IST. En gros une vingtaine de personnes a pu acquérir cette spécialisation.

Plusieurs anciennes prostituées dites « paires » ont été recrutées. Elles sont payées. Maillon essentiel pour arriver à approcher celles qui « travaillent », ces femmes ont parfaitement compris les dangers des IST /SIDA et les bénéfices à attendre pour la santé de l’utilisation de préservatifs et la pratique de tests réguliers. Elles possèdent tout l’argumentaire et sont capables de faire des démonstrations pratiques très réalistes sur des thèmes comme protéger sa santé, celle de ses enfants, ses partenaires. Elles encouragent à pratiquer les tests de dépistage et accompagnent les femmes au centre. Elles distribuent des préservatifs après un temps de dialogue et de pédagogie. Ce sont des femmes plutôt énergiques. Les mots ne leur font pas peur. Elles s’intéressent plus particulièrement aux jeunes voire très jeunes femmes. Elles reconnaissent que cela n’a pas été facile de convaincre prostituées et souteneurs (euses) mais que les entretiens sont un peu plus aisés maintenant qu’au début.
Les consultations et le dépistage ont lieu au centre de GK et dans deux unités extérieures : terminal bus et terminal ferroviaire.

Au cours des trois premières années de dépistage : un certain nombre de prostituées ont été dépistées porteuses de syphilis ou gonorrhée et traitées, mais aucun cas de VIH n’a été signalé. A l’occasion des consultations, de nombreux cas d’hypertension et diabète (stéroïdes) ont été découverts.

La sensibilisation est capitale

L’éducation de la population générale dans cette zone sensible passe aussi par des campagnes de tracts et affiches très explicites car le niveau de lecture est plutôt bas en ces lieux.
Des outils très utilisés au Bangladesh pour l’éducation populaire sont le chant et le théâtre.
Il n’est quand même pas banal d’entendre un chanteur populaire captiver une foule de spectateurs en chantant les mérites de l’emploi du préservatif et l’intérêt de se déplacer vers le centre de GK pour faire une prise de sang ! Le sang comme dans beaucoup de cultures n’est pas un liquide comme les autres : à la fois il rassure par sa belle couleur et il véhicule des peurs irrationnelles… et là il s’agit de savoir s’il est propre ! « know our state » connaissons le statut de notre sang !
La pièce de théâtre est probablement celle qui capte le mieux l’attention et marque les esprits. L’histoire peut se couper en plusieurs épisodes, chaque représentation relatant une saga familiale qui commence par une petite fille que son père pauvre veut retirer de l’école pour la donner en mariage… Les codes vestimentaires sont présents et très parlants (allant du pauvre pêcheur en longhi au personnage lettré et respecté en costume traditionnel et son fils en jeans, tee-shirt et baskets). L’ambiance est forcément au drame…
Il est possible que tous les discours des officiels invités pour la représentation ne restent pas dans les esprits, mais là, ce qui vient de se jouer devant le public… sûr on en reparlera.

 

Extension du programme à Faridpur

Le renouvellement de l’engagement de la ville de Paris pour trois années supplémentaires (2021-2024) permet, non seulement de poursuivre les opérations de dépistage et de sensibilisation essentielles à Daulotdia, mais aussi de les entreprendre à Faridpur.

En 2023, seulement deux tests de sida se sont révélés positifs. Cette prévalence très faible est très surprenante : des recherches épidémiologiques et génétiques devraient être entreprises pour en comprendre les raisons.

En complément de cette mission, GK s’est chargé du recrutement et de la formation au métier de paramédic de 15 jeunes filles pour leur permettre d’échapper à leur condition de travailleuses du sexe. cette action n’est pas sans poser des problèmes d’adaptation tout en étant porteuse d’espoir.

En 2023, le Centre de Santé Communautaire et de Recherche et le Collège Médical de GK ont réalisé une enquête d’évaluation sur la sensiblilisation à la prévention du VIH/SIDA parmi les travailleuses du sexe des bordels de Faridpur et Daulotdia.

Il ressort de cette étude que la majorité des travailleuses du sexe interrogées sont sensiblilisées au Sida et aux IST, sauf les nouvelles qui n’ont pas encore bénéficié de sessions de formation. Elles sont informées des risques et de la nécessité de la prévention, mais manquent de connaissances sur les traitements. L’utilisation du préservatif est reconnue, mais n’est pas régulière car dépendante de la demande du client. Il est donc nécessaire de poursuivre les efforts d’éducation et de réaliser des campagnes de santé publique.

L’étude a révélé le rôle incontournable des ONG pour se procurer des préservatifs, passer un test ou en cas d’apparition de symptômes relatifs aux IST. GK compte pour plus de 50% dans les approvisionnements en préservatifs et les réalisations de tests de dépistage. Tant que l’Etat n’est pas davantage impliqué, le soutien aux ONG est primordial.

rickshaws

Le système d’assurance maladie

Le système proposé est semblable à celui développé avec succès depuis près de 40 ans dans les centres de santé primaire de GK. Une cotisation annuelle minime couvre chaque assuré et sa famille au prorata de sa situation financière classée en 6 catégories (à partir de 20 takas par an, +5 pour les fumeurs). Outre sa carte d’affilié, il reçoit un livret de santé couvrant les soins de chaque membre de sa famille. Les consultations de généraliste sont ensuite gratuites jusqu’à la classe sociale moyenne dite inférieure, de même que les consultations de spécialiste jusqu’à la classe dite pauvre qui n’acquitte que 30 takas. Les médicaments prescrits sont gratuits pour la classe des « déshérités », et facturés à 75% pour les très pauvres, puis à 100% pour les 4 classes « pauvres » et au-dessus.
Ce double système est