Le Bangladesh est traversé par deux grands fleuves, le Gange (Padma) et le Brahmapoutre (Jamuna) ; c’est un pays de mousson où paradoxalement les problèmes liés à l’eau sont aigus : inondations souvent catastrophiques, aggravées par les cyclones, approvisionnement difficile en saison sèche, mauvaise qualité bactériologique des eaux de surface, insuffisance des réseaux de distribution et d’assainissement en milieu urbain, etc. En outre depuis une vingtaine d’années, un nouveau problème est apparu : la contamination de nombreux puits par l’arsenic.

Pond Sand Filter

Des filtres à sable dans les Sundarbans

La précarité de la population rurale des Sundarbans (la partie du Bangladesh qui borde la baie du Bengale) est accrue par les conditions naturelles (effets des tempêtes et cyclones, élévation du niveau de la mer) et par la faiblesse des infrastructures (transport, santé).
L’accès à l’eau potable est un vrai problème, les nappes phréatiques superficielles sont fréquemment saumâtres et les nappes profondes parfois contaminées par l’arsenic. L’eau des ponds (mares pérennes, non asséchées pendant la saison sèche) proches des habitations est donc la principale ressource en eau douce.
Mais les risques de maladies infectieuses transmises par l’eau sont élevés. Aussi, GK a initié en 2012 des installations de filtres à sable (Pond Sand Filters, PSF) dans les zones où il intervient depuis le cyclone SIDR en 2007.

L’objectif est de permettre aux populations concernées de devenir, avec GK, co-responsables de l’accès à l’eau

L’objectif est de permettre aux populations concernées de devenir, avec GK, co-responsables de l’accès à l’eau, en participant à la réalisation matérielle et à l’entretien des filtres à sable, en gérant, avec l’appui des coopératives, la distribution de cette eau aux familles, afin de contribuer à l’amélioration de la santé des enfants et adultes et de libérer les femmes de “corvée d’eau”.
L’eau purifiée est potable, sans risque infectieux si le filtre est bien entretenu : le sable doit être nettoyé ou renouvelé régulièrement, tous les deux mois. La taille du dispositif est adaptée à celle de la population desservie : 40 foyers par PSF dans le projet de GK, soit quelque 200 personnes pour chaque filtre.
Pour l’ensemble du programme 2012-2016, la population ainsi desservie atteint 26 000 personnes. GK a ainsi implanté 50 PSF remis aux communautés organisées en coopératives. La collecte des redevances mensuelles dues par l’usager (50 Takas par famille) fonctionne et couvre à ce jour l’entretien régulier des équipements ouverts que supervisent les équipes de GK. C’est un facteur essentiel de la durabilité du programme. L’entretien peut facilement être assuré par des usagers que GK forme à cet effet.
Des initiatives annexes en matière de protection de la ressource et d’assainissement sont proposées et développées (compostage, latrines, etc).

Château d'eau de SATURIA

Réseau de distribution d’eau, 2008-2010

Un projet plus ambitieux et qui représente aux yeux du Dr. Zafrullah Chowdury la solution d’avenir a été réalisé par GK à titre expérimental à Saturia, en collaboration avec des ONG locales et l’aide de la Banque mondiale : un réseau de distribution d’eau par tuyaux en PVC mis en place à partir d’un puits tubé creusé à une profondeur correspondant à des nappes phréatiques sans arsenic.
Saturia est une localité située dans le district de Manikganj, à 50 km au nord-ouest de la capitale du Bangladesh, Dhaka, et à 30 km de Savar, siège de GK.
Une enquête socio-économique a été faite pendant la phase d’étude, sur la population à desservir. C’est une population travaillant à plus de 70 % dans l’artisanat, le petit commerce et les services, et disposant de moins de 2 euros par jour.
Le réseau, dont la réalisation a débuté en 2007, est prévu pour desservir 1 000 foyers et une quarantaine d’établissements (écoles, bureaux, lieux de culte…). Faute de crédits suffisants, le réservoir de stockage prévu n’avait pas pu être réalisé dès l’origine, et le réseau était alimenté directement par la pompe d’exhaure. La pompe ne marchant que quelques heures par jour, la pression dans les tuyaux variait, ce qui peut accélérer la dégradation des tuyaux, et obligeait à rejeter une partie de l’eau à la sortie de la pompe d’où un gâchis en termes d’énergie et de ressource. Les habitants souhaitaient donc la construction d’un réservoir pour pallier ces inconvénients.
Le projet présenté par GK a paru bien étudié et réaliste au CFS, qui a donc décidé de financer sa construction, courant 2008, pour un montant de 25 000 euros. Comme pour le programme des filtres, un co-financement a été obtenu auprès des collectivités territoriales (Région Ile-de-France et Syndicat intercommunal d’alimentation en eau potable de la région de Coutures dans le cadre de la loi Oudin-Santini).

Le réservoir a été inauguré en décembre 2009, en présence des participants à la mission du Comité Français.

Le projet initial comportait un réservoir en béton armé de 136m3 soutenu par des piliers en béton. Pour des raisons notamment de coût, il a été substitué par un ensemble de 9 réservoirs en plastique alimentaire de 10m3, sur une plate forme soutenue par une structure métallique.
Cette modification ne porte pas atteinte à la viabilité de l’installation. Mais l’extension du réseau initial restait à compléter en 2013 : le nombre de foyers raccordés ne permettait pas encore à cette date de couvrir les frais du personnel, payé par le comité des usagers, et du fonctionnement (électricité pour la pompe, entretien).
GK continue à soutenir le comité d’usagers afin d’étudier les mesures qui s’imposent pour étendre le réseau et mettre en œuvre une gestion durable de l’ensemble des installations. Le CFS a complété sa contribution initiale pour aider GK dans cette tâche.

Environs de Kalakata

Filtres collectifs et domestiques, 2007

Ce programme porte sur la réduction de l’arsenic dans l’eau à des niveaux inoffensifs par la mise en œuvre de filtres, collectifs ou individuels. Ces solutions ne sont pas inédites ; elles ont déjà été mises en œuvre au Bangladesh même, par des initiatives locales et avec des procédés et matériaux locaux.
Le programme présenté par GK que le CFS a décidé de prendre en charge en 2007, comprenait trois opérations différentes :
– la mise en place de 5 filtres pour éliminer l’arsenic, installés en tête des puits tubés existants, contaminés par l’arsenic, pour desservir chacun une population de 50 à 100 familles,
– la mise en place de 10 filtres pour éliminer l’arsenic, installés au niveau d’une famille,
– la mise en place de 5 filtres pour de l’eau de retenues (a priori sans arsenic mais pouvant être polluée et trouble, avec une qualité microbiologique la rendant non potable sans risques infectieux) pour alimenter des villages de populations tribales dans les Chittagong Hill Tracts (CHT).

sollicité le bureau du CFS, le Syndicat intercommunal d’alimentation en eau potable du Maine-et-Loire a accordé un soutien de 2 500 euros.

Le coût du programme de filtres a été estimé globalement à 407 500 takas (environ 4 500 euros fin 2006), à raison de 24 500 takas par filtre pour puits tubé, 2 250 takas par filtre individuel par famille et 14500 takas par filtre pour retenue, le solde correspondant aux frais de mise en place (déplacement, transports, analyses, etc.).
 A noter que le Syndicat intercommunal d’alimentation en eau potable de la région de Coutures (Maine-et-Loire), sollicité par un membre du bureau du CFS, a accordé à ce programme, un soutien de 2 500 euros dans le cadre de la loi Oudin-Santini, qui permet aux collectivités territoriales et aux agences de l’eau, de financer des actions de solidarité internationale, dans la limite de 1% de leurs ressources.

Bangladesh, pays de mousson

Le problème de l’arsenic

C’est en voulant protéger la population des maladies d’origine hydriques graves, en particulier les diarrhées, causées par l’utilisation des eaux des rivières et des étangs, que l’UNICEF a fait forer à partir de 1972, plus de 3 millions de puits tubés avec pompe à main.
Le gouvernement et les particuliers ont de leur côté, installé 5 ou 6 millions d’autres pompes à main. On s’est cependant rendu compte, à partir de 1988 en Inde et un peu plus tard au Bangladesh, que l’eau de beaucoup de ces puits tubés, contenait des taux d’arsenic pouvant atteindre 0,50 mg/litre et plus, donc bien supérieurs au taux maximum admissible de 0,01 mg/litre recommandé par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et même au taux de 0,05 mg/l, limite acceptée par les autorités sanitaires du Bangladesh.

le Comité Français de Soutien (CFS) s’est dès 2002, montré attentif au problème de la contamination de l’eau par l’arsenic.

L’origine de cette contamination a fait l’objet de diverses hypothèses, mais il est désormais admis, qu’elle est liée à la présence d’arsenic dans certaines couches géologiques d’alluvions provenant des massifs himalayens et alimentant les nappes profondes (jusqu’à 150 m) exploitées par les puits tubés.
Selon diverses sources, près de la moitié de la population serait approvisionnée par de l’eau contaminée, à des taux plus ou moins élevés, dans la majorité des 64 districts du pays, surtout au sud et à l’est du Gange. Selon l’OMS, le nombre de personnes souffrant de lésions de la peau liées à la consommation d’eau contaminée est estimé à 1,5 million. Des milliers d’autres personnes ont été atteintes par d’autres maladies (gangrènes, cancers – poumon, vessie) apparaissant après des expositions prolongées, et en seraient mortes.
Le Comité Français de Soutien (CFS) s’est dès 2002, montré attentif au problème de la contamination de l’eau par l’arsenic. Lors d’une visite sur place en novembre 2003, des membres du CFS ont constaté la gravité de la situation, en rencontrant en particulier des malades, dont le pronostic vital était en jeu, et la vie quotidienne tragiquement bouleversée. La décision a alors été prise par GK de lancer un programme spécifique, avec le soutien financier du CFS.