Fidèle à la visée originale qui a présidé à la naissance de GK, le Dr Zafrullah cherche encore et toujours à procurer des soins de qualité adaptés aux plus pauvres là où ils se trouvent : dans les villages, dans les bidonvilles, dans les zones désertées par les pouvoirs publics ou les autres ONG. Par divers moyens mis en oeuvre GK continue à inventer et à mettre en place des structures de soins qui tracent la voie, mettent en évidence la place primordiale de la santé dans des processus de développement intégré.

Paramédic, femme

Les Paramédics

A l’issue de quatre années consécutives de missions de terrain chez GK, la notion de «paramédic » au sein de GK apparait comme toujours fondamentale et effective depuis maintenant presque 50 ans.

Première formation créée et organisée par GK dès 1971

La fonction de paramédic conçue à l’origine comme une formation de base s’adressant, en priorité, à des jeunes femmes s’est adaptée à l’évolution du temps et s’est continuellement renouvelée et enrichie.
A l’origine, c’est le concept des «médecins aux pieds nus» chinois qui a inspiré ce projet de paramédic. L’objectif était d’apporter au fin fond des villages isolés des notions d’hygiène, de médecine préventive, des soins de santé de base et des conseils en planification familiale dans un pays nouvellement indépendant qu’il fallait relever d’une guerre éprouvante. Les visites dans les villages se faisant à deux ou trois à pied et parfois à vélo ce qui en soit était une petite révolution.
Proposée à des jeunes ayant suivi l’école jusqu’en classe de seconde au minimum, la formation dispensée en trois ans, prépare à la fois aux métiers d’infirmière, sage-femme et ce que l’on pourrait appeler agent communautaire et travailleur social. Autrement dit trois métiers principaux regroupés en un seul item : le ou la paramédic. Une classe est composée d’environ 70 % de jeunes filles. La formation dure trois ans avec des stages pratiques de 6 mois.

Quel travail et quel avenir pour un ou une paramédic ?

Dès les premières années et encore à l’heure actuelle, en milieu rural, les jeunes paramédics assurent « les soins de santé primaire » à savoir : suivi des femmes enceintes, accouchements, suivi des jeunes accouchées, des nourrissons et des enfants, enregistrement des familles avec proposition d’assurance GK, établissement de fiches nominatives.
L’essentiel du travail est réalisé au cours de visites à domicile dans les villages. Les paramédics rayonnent à partir de petits dispensaires qui offrent la possibilité de soins plus élaborés et la présence permanente d’une paramedic senior, voire d’un médecin. Elles participent du lien entre les villageois, les dispensaires ou un hôpital si nécessaire. Depuis quelques années elles assurent également soins et suivi de personnes âgées organisées en club (il en existe une dizaine) dans le cadre d’un programme spécifique. Elles sont également en lien permanent avec les sages-femmes traditionnelles réparties au sein des communautés villageoises, elles aussi accompagnées par GK dans leur travail à mains nues.
En milieu urbain et suburbain, toujours en lien avec un centre de santé, c’est à bord d’une « clinique mobile » que les soins sont mis à portée des habitants et des travailleurs. C’est un fourgon équipé d’une table d’examen, de petit matériel et d’une pharmacie qui tourne 6 jours sur 7 dans 12 lieux différents soit une visite tous les 15 jours au même endroit. Un ou deux médecins sont présents ainsi que des paramédics junior et senior. Les patients peuvent bénéficier d’une assurance GK dont le prix est fixé en fonction de leurs revenus.
Au bout de quelques années, les paramédics peuvent accéder au titre de paramédic sénior.Des postes leur sont ouverts : gestions d’un centre de santé, enseignement (paramédics, sages-femmes traditionnelles), gestion de différentes structures ou pôles d’activité GK à Savar par exemple. D’autres peuvent continuer à acquérir des qualifications ou des spécialisations.

En 2019 que peut-on constater sur l’évolution du concept de paramédic ?

 La formation de base reste la même en trois ans, les supports sont bien documentés, les professeurs expérimentés… avec la création à Savar d’un pôle de Formation en Santé Communautaire dont les responsables, les Dr Rezaul Hauque et Chandal Mahamud coordonnent toutes les formations gratuites en interne et en externe (enseignements et stages) avec les spécialisations suivantes :
-spécialisation en prévention, dépistage et suivi pour IST et VIH,
-spécialisation pour service de dialyse rénale (Kidney Foundation, Institut gouvernemental du Rein)
-service de dialyse rénale, maintenance des appareils (formation assurée par les fabricants)
-anesthésie, instrumentation de salle d’opération et stérilisation.
-pharmacie
-technique d’analyses de laboratoire, sang, urine et autres.
-formations en physiopathologie et radiologie certifiées par le gouvernement.

Hors la santé, les paramédics peuvent acquérir d’autres compétences en interne :
-en informatique : des stages de courte durée leur sont proposés depuis peu au sein du VTTI (pôle de formation professionnelle). Elles sont encouragées à acquérir cette maîtrise pour répondre au marché du travail.
-en comptabilité
-en statistiques et rapports
-en gestion de programmes
-en école de conduite (VTTI)
-en agriculture
-en hygiène individuelle et collective et sécurité sanitaire

Sans oublier la possibilité de postuler à l’Université qui délivre des diplômes de pharmacie, médecine, microbiologie, kinésithérapie, etc.
D’après le Pr Leila Parvin Banu, vice chancelière de l’Université : « être paramédic représente pour les personnes d’origine très modeste, le seul moyen pour accéder à l’université »
Après leur formation, une partie des élèves trouve un emploi à l’extérieur de GK.

A Cox’s Bazar, une équipe d’une douzaine de personnes gère pour GK 15 centres de santé dans les camps de réfugiés Rohingyas. Sept d’entre elles ont débuté comme paramédics et sont maintenant responsables de programmes complexes. Les autres membres de l’équipe, recrutés depuis début 2018 ont rejoint GK à travers ses partenaires (Médico International, Agence des Nations Unies pour les Réfugiés, Médecins du Monde).

Etre paramedic chez GK, c’est aussi vivre le mouvement

– mobilité pour aller à la rencontre des personnes précaires ou isolées
– mobilité professionnelle avec acquisition de compétences selon envie ou projets
– et c’est aussi, quelque soit son poste, être appelé à se mobiliser dans l’urgence : catastrophes naturelles (inondations, cyclones), industrielles (Rana Plaza) ou humaines comme avec l’accueil, dès leur arrivée fin août 2017, des malheureux réfugiés Rohingyas.

soins, maternité

Les soins liés à la maternité

Au Bangladesh plus de 80% des accouchements ont lieu à domicile, c’est pourquoi GK depuis l’origine a choisi de former et d’accompagner les femmes qui président aux naissances en milieu rural. Ces sages-femmes traditionnelles (TBA ou Traditional Birth Attendants), en général illettrées, ont quelques connaissances informelles acquises auprès de leurs ainées et par la pratique.
Bien que pratiquant des centaines d’accouchements, elles ont un statut un peu à part car tout ce qui entoure l’accouchement est considéré comme impur.

Formation des sages-femmes traditionnelles

GK, à travers des cours de niveaux progressifs, leur donne un nombre important de clés relatives à l’hygiène, aux bons gestes, au dépistage de pathologies puis les met en lien direct (téléphone portable) avec les « paramédics » des centres de santé ( 24h/24 et 7j/7).
Les enseignantes sont des paramédics senior rompues à toutes les techniques classiques d’enseignement (mannequins pour la pratique …) et d’animation de groupe (écoute active, jeux de rôle…). Lors de la formation initiale elles apprennent les éléments de base pour le suivi de la grossesse et les signes à surveiller, la conduite d’un accouchement, le dépistage de complications et la conduite à tenir. Une attention particulière est apportée à l’hygiène des mains (lavage au savon et ongles coupés), l’allaitement, la prise du pouls et de la température et l’utilisation de cinq médicaments (vitamines, fer, paracetamol).
Elles apprennent des rudiments de soins au nouveau né (traitement de l’apnée), les conseils pour l’allaitement et la mise au sein précoce.
D’autres thèmes sont abordés comme la puberté, l’âge du mariage, les grossesses précoces, la contraception, la détermination du sexe de l’enfant (pour déculpabiliser la parturiente de la responsabilité du sexe de l’enfant), les droits des femmes et les relais possibles. Un kit d’accouchement leur est offert une fois leur formation validée.

Les cours de perfectionnement sont plus élaborés avec l’appréciation des différents stades de la dilatation, les bons gestes pour la venue du bébé, mais surtout une présentation sur les maladies visibles et invisibles du nouveau né ou du bébé afin d’inviter les accoucheuses à conseiller les mamans et vaincre leur peur en les accompagnant lors de consultations médicales. Il s’agit de casser le mythe de la fatalité quand beaucoup de pathologies sont curables médicalement ou chirurgicalement.
Il est intéressant de constater, quand on a la chance d’assister à un cours, à quel point ces femmes bien qu’illettrées ont une perspicacité, une intelligence des situations et possèdent un réel sens clinique. Les schémas, les mannequins et autres démonstrations ont un écho total chez elles qui ont déjà pratiqué des dizaines d’accouchements dans les maisons.
On sent bien que chaque situation leur parle et elles sont d’une concentration impressionnante pendant les cours et démonstrations. Avides d’apprendre et très dynamiques, une fois formées ce ne sont plus les mêmes femmes ! Merci à elles au nom des jeunes mamans en milieu rural ! Merci à GK pour la promotion sociale et personnelle de ces femmes !

Au fil des années, ces formations se sont avérées très efficaces : le taux de mortalité infantile dans les familles suivies par GK est de 20 pour 1 000 naissances, contre 37 au Bangladesh et le taux de mortalité maternelle est de 0,9 pour 1000, contre 1,7 au Bangladesh.

camp médical

Les camps médicaux spécialisés

Les camps médicaux font partie intégrante des programmes de santé de GK. Ils sont une innovante mise en œuvre du projet propre au Dr Zafrullah : apporter les soins de santé au plus proche des communautés , le « door to door ».

Le principe :

Du fait des carences des divers niveaux de services de santé, les besoins exprimés restent mal satisfaits, et GK démontre, par sa présence itinérante, la possibilité de soins de qualité à un prix très économique. GK met l’accent aussi sur l’information aux patients et les pratiques de médecine préventive.

Pratiquement :

Les camps médicaux sont régulièrement organisés dans les zones rurales isolées et, outre les pathologies courantes, sont spécialisés dans certains domaines : maladies des yeux ou de la peau, soins des enfants, problèmes gynécologiques, MST, etc… Axés sur les groupes vulnérables, ils visent prioritairement les enfants, les femmes et les personnes âgées. Organisés en étroite relation avec les autorités locales, les structures scolaires et sociales, ils se tiennent dans des locaux scolaires ou autres bâtiments appartenant à la communauté, et mobilisent toutes les énergies locales: enseignants, auxiliaires de santé, jeunes volontaires fonctionnaires etc… Chaque camp est précédé d’une campagne de publicité réalisée à travers affichages, journaux et par les équipes sur place (paramédics et TBA). L’équipe mobilisée est composée de 30 à 50 personnes durant une à deux semaines : médecins généralistes, médecins spécialistes, paramédics, kinésithérapeutes, personnels de santé, provenant pour une large part du Collège Médical des Hôpitaux de Savar et Dakha accompagnés des équipements essentiels et des médicaments de base.

L’activité de ces camps médicaux se poursuit durant plusieurs jours à un rythme soutenu à la lumière du jour puis à l’aide des groupes électrogènes apportés pour prendre la relève jusqu’au coeur de la nuit.

Les patients qui se sont préalablement inscrits se comptent par centaines et sont traités sur place dès que le diagnostic est posé. Voyons le bref récit du docteur Zafrullah dans un mail de février 2014 : « Je rentre juste à Dakha après un voyage de 17 heures par routes et rivières en provenance de Botha Island dans le sud du Bangladesh. Nous y avons tenu un «Camp médical et chirurgical». L’équipe de GK a reçu 1887 patients et assuré 113 opérations chirurgicales majeures ou mineures, incluant l’ablation d’une grosse tumeur ovarienne, et 17 cataractes. Ce travail me fait du bien. J’espère y retourner la semaine prochaine avec un groupe d’étudiants en médecine nouvellement inscrits à l’université de GK pour la première tranche de la « pratique rurale obligatoire » (inscrite à tous les cursus médicaux de GK’s University)».

Les objectifs principaux poursuivis sont :

– identifier et traiter les grands problèmes de santé publique des populations de la région visée,
– faire diffuser les connaissances en matière d’hygiène et de santé,
– rendre attentifs les gens sur leur état général de santé,
– rebâtir le lien social dans les communautés,
– offrir les services spécialisés de soins de santé incluant les actes de chirurgie.
C’est aussi l’occasion de donner aux étudiants de la faculté de médecine de GK la possibilité d’effectuer leur stage de soins (obligatoire dans le cursus) en totale immersion dans le milieu des très pauvres communautés villageoises.

A titre d’exemple, voici quelques camps médicaux ayant fonctionné en 2017 sous la direction du Dr Rezaul Hauque :
– Charfassion (zone côtière sud), tous les mois pendant sept jours avec, en moyenne, 12 consultants, 12 « medical officers », 15 paramedics, un dentiste, un physiothérapeute, un pathologiste.
– Biswanath (région très pauvre près de Sylhet), tous les deux mois pendant deux jours avec trois consultants, trois « medical officers », sept paramédics, un dentiste, un microbiologiste.
– Kasinathpur (ouest de Savar), toutes les semaines.
– Gaibanda (dans le nord) , tous les trimestres.
– Parbatipur (est de Dinajpur dans le nord-ouest), tous les trimestres.

Pour prendre la mesure de cet investissement, soulignons que ces camps médicaux développent un service supplémentaire de qualité en sus de l’offre permanente de soins des hôpitaux, centres primaires de santé et « door to door » au service des populations prises en charge (1 500 000 personnes).

hôpital, Gk Savar

Les Centres de santé de GK

Actuellement, GK fournit des soins de santé primaire à 1.180.000 personnes dans 615 villages et dans 15 districts répartis à travers le pays. Le système de santé est organisé en 43 centres (« static centers ») disposant de 3 à 10 lits pour le traitement des maladies communes et  3 hôpitaux (Referral Hospital) disposant de moyens d’opérations.
En 2016, le nombre de médecins  GK était de 67 et celui des internes de 84. Dans tous les centres de GK interviennent aussi les « paramédics ». Elles/ils sont environ 330 en activité (sans compter les paramédics en formation) et 70% sont des femmes.
Il est à noter que la formation des paramédics par GK est connue dans tout le Bangladesh, et que nombre d’entre elles sont embauchées par d’autres ONG. GK a formé près de 2000 paramédics depuis l’origine.

Les hôpitaux

GK a créé 3 hôpitaux, à Dhaka, Savar et Sreepur qui disposent tous d’un service d’urgences ouvert 24h/24 et 7j/7. Les soins couvrent diverses spécialités médicales et chirurgicales. Ils sont payants mais à des tarifs dégressifs en fonction des revenus, et on y accepte les patients sans ressources.
Les hôpitaux de Dhaka et de Savar ont chacun 275 lits et servent de CHU pour les étudiants de la faculté de Médecine de GK à Savar. L’Hôpital de Sreepur a 50 lits. Il se situe dans une localité assez isolée dans la campagne, dans le district de Gazipur. C’est aussi un lieu de formation des paramédics.

Mai 2017 : création du Gonoshasthaya Dialysis Center (GDC) à l’hôpital de Dhaka.
Le Bangladesh compte environ 18 millions de malades en insuffisance rénale chronique et 40 000 meurent chaque année. Seulement 10% d’entre eux peuvent payer les soins qui leur seraient nécessaires et 75% des personnes qui commencent un traitement par dialyse sont obligées d’abandonner après trois mois faute de moyens financiers. C’est donc pour répondre à des besoins importants que GK a mis tout en œuvre pour créer cette unité à l’intérieur de son hôpital de Dhaka.
Le nouveau centre de 100 postes de dialyse sur deux étages, équipé avec les standards internationaux est le plus grand au Bangladesh. Il est étudié pour être aussi confortable que possible pour les malades comme pour les familles qui les accompagnent durant les séances de traitement d’une durée de cinq heures chacune.
Le GDC a une capacité de 300 séances de dialyse par jour. Ouvert 24h/24 et 7j/7, il est géré par une équipe pluridisciplinaire, spécialisée, avec des paramédics recrutées et formées par GK. Suivant toujours sa politique d’aide aux plus pauvres, GK applique des tarifs inférieurs à ceux des autres centres au Bangladesh et adaptés aux revenus des patients. Les très pauvres (5%) reçoivent les soins gratuitement, les pauvres (60%) paient 1100 tk (12€) par session, les classes moyennes (30%) paient 1500 tk (17€) et les riches (5%) paient 3000 tk (33€).
En 18 mois de fonctionnement, 115 000 séances de traitement ont été réalisées.

Par ailleurs un important et très novateur département de physiothérapie a été ouvert dans les hôpitaux de Dhaka et de Savar. Les médecins physiothérapeutes interviennent dans les différents services.
Un laboratoire de micro-biologie et un laboratoire d’hématologie sont aussi présents dans ces 2 hôpitaux.

3 femmes en formation

paramédic et "paires"

La prévention du SIDA

Sensibilisation et prévention VIH/IST dans le village de prostituées de Daulotdia

Les prostituées, leurs enfants, leurs souteneurs (euses) vivent dans une grande promiscuité au sein d’un bidonville aux ruelles étroites et la prostitution se pratique à la vue de tous, de jour comme de nuit. Les jeunes filles souvent mineures et femmes qui y travaillent peuvent recevoir de 30 à 40 clients par jour.
Pour tenir le coup elles ont recours à des substances dangereuses telles que alcool et drogues (Péthidine* y compris en forme injectable). De plus pour avoir des formes attirantes, elles consomment sans aucun contrôle des comprimés à base de cortisone. On trouve ces substances très facilement dans les nombreuses pharmacies qui longent la voie ferrée et la cortisone est délivrée sans ordonnance. Pour la contraception, elles utilisent des injections trimestrielles de Deprovera* ou des patch, pilule et même stérilet.
Pour celles qui entrent dans le bordel, il sera quasiment impossible d’en sortir et de trouver ailleurs du travail. Leurs enfants ne connaissent pas leur père et on compte un certain nombre d’orphelins en raison du suicide de leur mère.

En 1998 l’association Save the Children International, crée une petite école en bordure du bidonville pour y accueillir des enfants. Les enseignantes sont des  anciennes prostituées. Elles appartiennent à une ONG  Mukti Mohila Samity, première association de prostituées enregistrée au Bangladesh en 1999 ! GK y assure alors les soins de santé.

En 2005 un dispensaire est construit. Géré par une senior paramédic, il reçoit la visite deux fois par mois de médecins, pédiatres, gynécologues. Les enfants de prostituées inscrits à l’école sont régulièrement examinés par le pédiatre. Les paramédics du centre sont alors en relation avec les prostituées par l’intermédiaire des accoucheuses traditionnelles locales.

Fin 2017, une nouveau souffle est possible grâce au lancement d’un programme ambitieux de prévention, dépistage et traitement du VIH et des IST grâce à un financement institutionnel (Ville de Paris).

Après une année d’existence, les fondamentaux ayant été mis en place, le programme a trouvé son rythme.
L’équipe dédiée comprend entre autres un directeur de programme, des paramédics, des conseillers(ères), des travailleurs de terrain, des formateurs de formateurs, des éducatrices pour les « paires », des techniciens de laboratoire, une directrice ajointe chargée de l’encadrement des « paires » et des femmes dites « paires » c’est à dire d’anciennes prostituées. Trois jeunes médecins complètent l’équipe. Particulièrement motivés et très intéressés par ce travail ils sont en poste pour 6mois/un an.
C’est une femme médecin gynécologue et échographe, responsable du pôle de Formation en Santé Communautaire basé à Savar qui pendant six mois a organisé et mis en place les apprentissages requis pour donner à chacun, selon son poste, la maîtrise parfaite du sujet délicat des VIH /IST. En gros une vingtaine de personnes a pu acquérir cette spécialisation.Plusieurs anciennes prostituées dites « paires » ont été recrutées. Elles sont payées. Maillon essentiel pour arriver à approcher celles qui « travaillent », ces femmes ont parfaitement compris les dangers des IST /SIDA et les bénéfices à attendre pour la santé de l’utilisation de préservatifs et la pratique de tests réguliers. Elles possèdent tout l’argumentaire et sont capables de faire des démonstrations pratiques très réalistes. Quelques thèmes comme protéger sa santé, celle de ses enfants, ses partenaires. Elles encouragent à pratiquer les tests de dépistage et accompagnent les femmes au centre. Elles distribuent des préservatifs après un temps de dialogue et de pédagogie. Ce sont des femmes plutôt énergiques. Les mots ne leur font pas peur. Elles s’intéressent plus particulièrement aux jeunes voire très jeunes femmes. Elles reconnaissent que cela n’a pas été facile de convaincre prostituées et souteneurs (euses) mais que les entretiens sont un peu plus aisés maintenant qu’au début.
Les consultations et le dépistage ont lieu au centre de GK et dans deux unités extérieures : terminal bus et terminal ferroviaire.

Après presque une année de dépistage : un certain nombre de prostituées ont été dépistées porteuses de syphilis ou gonorrhée et traitées, mais aucun cas de VIH n’a été signalé. A l’occasion des consultations, de nombreux cas d’hypertension et diabète (stéroïdes) ont été découverts.

L’éducation de la population générale dans cette zone sensible passe aussi par des campagnes de tracts et affiches très explicites car le niveau de lecture est plutôt bas en ces lieux.
Des outils très utilisés au Bangladesh pour l’éducation populaire sont le chant et le théâtre.
Il n’est quand même pas banal d’entendre un chanteur populaire captiver une foule de spectateurs en chantant les mérites de l’emploi du préservatif et l’intérêt de se déplacer vers le centre de GK pour faire une prise de sang ! Le sang comme dans beaucoup de cultures n’est pas un liquide comme les autres : à la fois il rassure par sa belle couleur et il véhicule des peurs irrationnelles… et là il s’agit de savoir s’il est propre ! « know our state » connaissons le statut de notre sang !
La pièce de théâtre est probablement celle qui capte le mieux l’attention et marque les esprits. L’histoire peut se couper en plusieurs épisodes, chaque représentation relatant une saga familiale qui commence par une petite fille que son père pauvre veut retirer de l’école pour la donner en mariage… Les codes vestimentaires sont présents et très parlants (allant du pauvre pêcheur en longhi au personnage lettré et respecté en costume traditionnel et son fils en jeans, tee-shirt et baskets). L’ambiance est forcément au drame…
Il est possible que tous les discours des officiels invités pour la représentation ne restent pas dans les esprits, mais là, ce qui vient de se jouer devant le public… sûr on en reparlera.

 

rickshaws

Le système d’assurance maladie

Le système proposé est semblable à celui développé avec succès depuis près de 40 ans dans les centres de santé primaire de GK. Une cotisation annuelle minime couvre chaque assuré et sa famille au prorata de sa situation financière classée en 6 catégories (à partir de 20 takas par an, +5 pour les fumeurs). Outre sa carte d’affilié, il reçoit un livret de santé couvrant les soins de chaque membre de sa famille. Les consultations de généraliste sont ensuite gratuites jusqu’à la classe sociale moyenne dite inférieure, de même que les consultations de spécialiste jusqu’à la classe dite pauvre qui n’acquitte que 30 takas. Les médicaments prescrits sont gratuits pour la classe des « déshérités », et facturés à 75% pour les très pauvres, puis à 100% pour les 4 classes « pauvres » et au-dessus.
Ce double système est en place maintenant depuis décembre 2009 à Dakha, en liaison avec le Gonoshastaya Nagar Hospital de la capitale. Il accueille déjà par an l’équivalent de 60% des patients du Nagar Hospital.

production de médicaments

La production de médicaments essentiels

C’est en 1981 que GK s’est lancé dans la production de médicaments essentiels afin de les rendre accessibles à la majorité de la population. Son usine implantée à Savar, G.P.L. (Gonoshathaya Pharmaceuticals Limited) a employé jusqu’à 250 ouvriers, en majorité des femmes des villages environnants, et produit actuellement 145 médicaments de haute qualité, à des prix très inférieurs à ceux pratiqués sur le marché.

L’expérience de G.P.L. et le rôle central joué par le Dr Zafrullah dans la réforme des politiques nationales du Médicament et de la Santé, montrent bien l’engagement de GK vis à vis de la nation bangladaise et de la partie la plus pauvre de la population.
GK a été confronté à l’hostilité de groupes d’intérêts qui s’est manifestée par l’attaque de l’usine G.P.L. en 1985 ou par un certain boycott des médicaments G.P.L. depuis 1990. Mais à aucun moment GK n’a faibli dans son combat au service des plus pauvres.
En 1986, GK a mis en place la première usine au Bangladesh produisant des matières premières de qualité internationale pour cinq antibiotiques. Sa production de 60 tonnes par an, a couvert pendant plusieurs années 90% des besoins du pays. Actuellement il continue de produire du paracétamol dans son usine de Tongi.
La production des médicaments varie en fonction des besoins et des marchés. La vente ne se fait pas aussi bien qu’espéré pour des raisons éthiques, car GK n’accepte pas de verser des “dessous-de-table” qui lui permettraient d’entrer vraiment sur le marché, ni d’engager d’importants frais de marketing qui augmenteraient d’autant le prix de vente de ses médicaments. La production des substances chimiques de base qui entrent dans la fabrication des antibiotiques marche mieux ; des compagnies et même des multinationales les achètent à GK, et sur ce secteur un nouveau bâtiment est en cours de construction.
Bien que la vive tension initiale avec les multinationales, violemment opposées à ce programme de GK, se soit calmée, GK se trouve toujours confronté à une forme d’opposition frontale et sournoise, suggérant que des médicaments “bon marché” ne peuvent pas être de qualité. Bien au contraire GK dispose de tous les moyens techniques et des compétences nécessaires, dont un laboratoire spécialisé dans le contrôle de la qualité de sa production.

En décembre 2016 et en janvier 2019, les membres du Comité de Soutien en visite au Bangladesh ont pu constater que l’usine de fabrication des médicaments essentiels située à Savar était pleinement opérationnelle et que celle de Cox’s Bazar, spécialisée dans la fabrication des poudres vitaminées pour les bébés, femmes enceintes et seniors, couvrait les besoins de GK et permettait en outre de venir en aide aux réfugiés Rohingyas.
La production de l’usine pharmaceutique permet de répondre aux besoins de tous les centres de santé et hôpitaux tenus par GK à travers tout le Bangladesh, ce qui rend l’ONG autosuffisante en médicaments de base.